06.05.2019 — 25.06.2019

Rui Moreira

Sous le soleil du Portugal

L'Observatoire du BHV Marais, Paris, France

Rui Moreira a hérité du Portugal, pays de navigateurs et d’explorateurs, le goût pour les expéditions lointaines – de l’Inde.. au désert du sud marocain… à la forêt d’Amazonie – sources d’inspirations premières de ses créations : le désert du Maroc où il s’est rendu à plus de 12 reprises avec sa luminosité et sa chaleur écrasantes, les méandres labyrinthiques de villes orientales, les températures glacées des montagnes à la source du Gange, la solitude et le silence quasi absolus du désert, l’humidité extrême de la jungle amazonienne… Dessinant alors de façon ininterrompue à ses retours de voyage, l’artiste effectue une sorte d’exercice mnémonique, en revivant avec son corps et d’une manière totalement instinctive, le cycle naturel de ces lieux et sensations , afin d’en ressentir toutes les nuances.

Ce ressenti intense est au cœur de la structure même des dessins de Rui Moreira et l’atmosphère dense et particulière de chacune de ces destinations transparait dans son œuvre : les abstractions géométriques convoquant le détail de l’infiniment petit à l’amplitude d’une cosmographie, les paysages organiques mêlant les dunes du désert aux montagnes de l’Himalaya aux fougères amazoniennes ainsi que les personnages à caractère des divinités sur fond de paysage mythologique intégrant des motifs de danse du Katakali ou les costumes des Caretos de Podence de la région de Tras-os-Montes, au nord du Portugal.

Le couloir du 5e étage du BHV menant à l’Espace Observatoire nous met en présence de deux paysages de l’artiste, situés à gauche et droite du couloir, invitation à nous immerger dans l’espace artistique et mental de l’artiste. Ses deux paysages de 2007 Pluie dorée II ou Sans titre, à l’encre de Chine ou à la gouache, noir et dorés, sont une accumulation de signes – araignées, symboles anciens, masques, croissants de lunes ou astres lointains – entremêlés d’une manière organique où l’on suit des oscillations de formes dans une métamorphose quasi incessante plaçant le visiteur au cœur d’un paysage en perpétuel mouvement.

Puis apparaît cet immense dessin de cercles bleus – un grand et 6 petits – intitulé La Machine à mélanger les paysages VI dont le titre convoque l’œuvre du grand poète portugais Herberto Helder, considéré comme le Fernando Pessoa contemporain. Son poème éponyme est composé d’un vers de François Villon, un vers de Dante, un vers de Luis de Camões, un vers de la Genèse, un autre de l’Apocalypse de la Bible avec un vers de Herberto Helder. En utilisant le même vers dont il change l’ordre et la structure, Helder construit des mondes imaginaires et protéiformes. Cette œuvre est également inspirée des 12 voyages au Maroc vécus par Rui Moreira, de l’art islamique, du désert ainsi que de l’architecture de la ville de Fez, qui dispose de l’un des 3 plus grands labyrinthes de rues au monde, 40 000 au total, à l’égal du Caire en Égypte et de Damas en Syrie, récemment dévasté par les conflits. Nourri de références cinématographiques, cette œuvre pourrait être un instantané de l’univers, de quelques planètes, depuis un vaisseau spatial ou une caméra céleste.

À gauche et droite de ce dessin, The Holy Family III ainsi que Black Star III, IV et V évoquent dentelles, azulejos, art islamique et formes organiques connues nous rappelant que l’influence islamique a duré cinq siècles et demi au Portugal, géographiquement situé aux frontières de l’Europe et de l’Orient.

De l’autre côté de l’Observatoire, la Machine à mélanger les paysages I rappelle aussi bien l’air brûlant au-dessus des dunes du désert marocain que les paysages asséchés de l’Alentejo portugais en période estivale que l’Air du Matin II est évocateur de paysages marins et océaniques ou encore désertiques. Le désert cache aussi l’océan comme le dit l’artiste, puisqu’il retrouve fossiles marins et coquillages dans les dunes du désert. Ce désert de sable était également le fond d’une mer il y a des millions d’années…

L’originalité et la profondeur du travail de Rui Moreira sont saisissantes; la monumentalité de l’ensemble se construit dans son infime détail et sa délicatesse et l’artiste vit chacun de ses dessins comme un champ d’exploration déployé où il utilise son corps comme une immense machine à fabriquer ses dessins, mettant entre 4 mois et 8 mois pour les accomplir.

L'Observatoire du BHV Marais

52, rue de Rivoli
Paris — France
T +33 9 70 40 14 00

horaires d'ouverture

Lundi au samedi
de 9 h 30 à 20 h
Dimanche
de 11 h à 19 h 30

Rui Moreira, The Machine of Entangling Landscapes I, 2008
Gouache sur papier
120 × 160 cm
Photographie de Miguel Angelo Guerreiro
Rui Moreira, Machine of Entangling Landscapes VI, 2011
Gouache et stylo gel sur papier
160 × 238 cm
Photographie de Laura Castro Caldas
Rui Moreira, The Holy Family III, 2014
Gouache sur papier
120 × 160 cm
Photographie de Jean-Louis Losi
Rui Moreira, Black Star II, 2014
Gouache sur papier
88 × 88 cm
Photographie de Laura Castro Caldas
Rui Moreira, Black Star III, 2014
Gouache sur papier
88 × 88 cm
Photographie de Laura Castro Caldas
Rui Moreira, Black Star IV, 2014
Gouache sur papier
88 × 88 cm
Photographie de Cintra & Castro Caldas
Rui Moreira, Golden rain II, 2007
Gouache sur papier
120 × 320 cm
Photographie de Georges Poncet
Rui Moreira, Sans titre, 2007
Encre de Chine sur papier
120 × 320 cm
Photographie de Laura Castro Caldas