Encre et couleurs minérales sur soie montée sur toile, 10 panneaux de 248 x 142,5 cm, total: 248 x 1425 cm
photo: Felicitas Yang © Yang Jiechang, Courtesy Galerie Jeanne Bucher Jaeger, Paris-Lisbonne
Encre et couleurs minérales sur soie, montée sur toile, 10 panneaux de 248 x 142,5 cm, total: 248 x 1425 cm
photo: Felicitas Yang © Yang Jiechang, Courtesy Galerie Jeanne Bucher Jaeger, Paris-Lisbonne
Encre de Chine papier, 36 x 26 cm
© Jean-Louis Losi, Courtesy Jeanne Bucher Jaeger, Paris-Lisbonne
Xylographie sur papier, 52,5 x 73 cm, Edition de 100
©️droits réservés, Courtesy Jeanne Bucher Jaeger, Paris-Lisbonne
Lithographie de 13 couleurs sur papier Arches, 50 x 58 cm
© Jean-Louis Losi, Courtesy Jeanne Bucher Jaeger, Paris-Lisbonne
Fil de cuivre, 100 x 70 cm, avec plexiglass : 112,3 x 78,3 cm
©️droits réservés, Courtesy Jeanne Bucher Jaeger, Paris-Lisbonne
Aquarelle et encre sur papier, monté sur carton par l’artiste, 23 x 17,5 cm
© Jean-Louis Losi, Courtesy Jeanne Bucher Jaeger, Paris-Lisbonne
Photographie, 36 x 28,5 cm
©️droits réservés, Courtesy Jeanne Bucher Jaeger, Paris-Lisbonne
DU 3 OCTOBRE AU 19 DÉCEMBRE 2026
Samedi 3 octobre 2026 de 15h à 19h :
Vernissage et signature de l’ouvrage Jardin d’amour
JARDIN D’AMOUR
COMMISSAIRE INVITÉ : GUILLAUME LOGÉ
André Bauchant, Guillaume Barth, Pierre Bonnard, École française du XVIIIe siècle (suiveur de François Boucher), Miguel Branco, Raoul Dufy, Max Ernst, Joaquim Vicens Gironella, Antoine Grumbach, Eikoh Hosoe, Evi Keller, Fernand Léger, André Masson, Léo Orta, Hans Reichel, Marcelle Thirache, Maria Helena Vieira da Silva, Yang Jiechang, Antonella Zazzera, Lin Zhipeng (aka n°223), Art Africain, Art Pre-Khmer…
Cette exposition s’inscrit dans le parcours du Bicentenaire de la Photographie organisé par le CPGZ
« L’amour est la grande affaire de chacun – fût-ce par son absence. Voici que je l’associe (à la suite de traditions anciennes) au mot « jardin ». Qu’est-ce à dire ? Son attache est le sol, celui du « jardin planétaire », pour reprendre l’expression du philosophe-jardinier Gilles Clément, ou la « zone critique » (critical zone), pour reprendre celle des scientifiques du National Research Council, cette fine pellicule autour du globe à l’intérieur de laquelle nous évoluons et dont le destin se trouve plus que jamais entre nos mains. Il est le lieu de notre habitation, de nos échanges, de nos rêves. Il est aussi sublime que fragile.(…)
Mais surtout, le jardin est appel à l’union. Une soif nous y guide que seul le rapprochement avec la nature promet d’étancher. Nous comprenons qu’il faut sortir de nous-mêmes, élargir le cercle de nos affinités. L’humain ne suffit plus. Un besoin d’ouverture et de contact avec la source de la vie s’impose à nous. Jardin signifie l’adoption d’un certain état d’esprit et d’une certaine attitude. Notre main se tend pour toucher. L’émotion de la découverte est celle de la reconnaissance, de la gratitude et de l’amour. Là, nous ne sommes plus étrangers – ni au dehors, ni à nous-mêmes. Il faut croire que l’expérience appartient à notre humanité profonde dès lors que l’histoire des jardins s’écrit aux quatre coins du globe. Les indices de leurs pratiques millénaires s’égrènent de la Chine à la vallée de l’Indus, du côté de Babylone, d’Uruk, sur les rives du Nil (…) »
Guillaume Logé, Jardin d’amour, parution le 23 septembre 2026, Citadelles & Mazenod
La galerie est heureuse de présenter l’exposition Jardin d’amour dont le titre s’inspire de l’ouvrage de Guillaume Logé, à paraître le 23 septembre 2026, et dont le commissariat est confié à son auteur. L’ADN de la galerie, depuis plus de cent ans désormais, s’inscrit naturellement dans cette thématique ; en témoigne son engagement à l’égard d’artistes habités, dans leur quête créatrice, par des valeurs universalistes, sociétales, environnementales, humanistes. Des artistes œuvrant avec les forces naturelles, intégrant à la fois l’humain, l’histoire, la mémoire, le fil des saisons, l’immémorial et le temps présent… Cette exposition, des Arts Premiers à nos jours, offre un dialogue entre les œuvres et les époques autour de la nature et de l’amour.
Et si l’amour devait se réinventer en s’ouvrant à la nature ? Déclin du couple traditionnel, éclatement des genres, omniprésence du numérique : les relations amoureuses traversent une période de profondes transformations. En parallèle, comme nous le rappellent les événements climatiques et la prise de conscience écologique, la nature s’impose au cœur de nos existences. Ce double mouvement fait émerger les fondements d’une mythologie amoureuse à la fois nouvelle et très ancienne. À rebours du désenchantement contemporain, Jardin d’amour explore une hypothèse simple et audacieuse : la complétude des relations amoureuses exige d’aller au-delà du face-à-face humain en accueillant la nature comme un partenaire à part entière. La figure de l’Homo sapiens (ce soi-disant Homme qui sait, ce sage doué de raison) s’efface au profit de ce que l’auteur dénomme l’Homo amorosus (Homme enclin à ou porté par l’amour). De l’Éros grec aux cosmogonies égyptiennes, olmèques ou indiennes, des chefs-d’œuvre anciens aux créations les plus contemporaines, Guillaume Logé explore les cultures et les époques.
L’exposition au sein de laquelle se côtoieront artistes de la galerie et artistes invités, est bâtie autour de l’œuvre monumentale de Yang Jiechang, Tale of the Eleventh Day – Red Autumn (2014 -2024) qui figure au cœur de l’ouvrage Jardin d’amour. Réalisée dans la technique dite Gongbi ou peinture méticuleuse. Avec des lavis d’encre et de couleur appliqués couche par couche sur du papier Xuan ou de la soie, cette œuvre de la série Tale of the Eleventh Day, interroge les notions de contrôle et d’équilibre qui régissent la vie dans un monde globalisé. Yang Jiechang imagine un paysage primordial, une sorte de paradis, qu’il dessine selon les modèles classiques de la peinture traditionnelle chinoise. Le titre Tale of the Eleventh Day fait référence au Décaméron de Boccace (1348 – 1353), également connu sous le nom de Livre des dix jours. Dans le chef-d’œuvre de la Renaissance Italienne dix personnages se réfugient de la peste dans une campagne où tout semble idyllique et, pour se distraire, se racontent chaque jour des histoires. Yang Jiechang nous raconte les événements du 11ème jour. Pourtant, le paysage universel de Yang, dans lequel il met en scène l’interaction d’animaux d’espèces différentes, ainsi que celle d’êtres humains avec des animaux, est une allégorie de notre monde contemporain. Le style de Yang Jiechang est austère, épuré et universel. Le paradis de Yang Jiechang, où communiquer et agir en toute impartialité semble possible, évoque un monde globalisé naturellement fondé sur l’égalité, le respect et la compassion. Tale of the 11th Day serait donc une allégorie de cette utopie, imaginée depuis la nuit des temps.
« Le tournant que notre monde est en train de vivre a la nature pour pivot. Du fait des altérations irrémédiables d’ores et déjà causées pour des siècles et peut-être des millénaires, la nature ne va pas cesser de jouer un rôle de plus en plus structurant dans nos vies. Elle est (re)devenue le facteur déterminant de la pensée. Toute élaboration conceptuelle qui ne l’intègre pas au centre de ses réflexions n’est, aujourd’hui, rien qu’un exercice de fiction hors-sol. Au nom de quoi prétendre que l’amour ferait exception ? Au contraire, et j’ai commencé à l’évoquer, l’amour, parce qu’il a intrinsèquement partie liée avec la nature, va connaître des mutations. Le socle culturel où ses mythes s’abreuvent est en train de se métamorphoser en profondeur. Le vœu d’Arthur Rimbaud (1854-1891) va indubitablement se voir suivi d’effets : l’amour va être réinventé (…)
Dans les traditions persane et moghole, jardin se nomme pairi-daēza (source étymologique de « paradis »). Il accueille les plus hauts extases et ravissements. Les poètes comme Hāfez (1325-1390), Saʿdī (1210-1291) ou Nezāmī (1130- 1209) en font le cadre de leurs amours mystique et profane, soit de leurs plus hautes expériences existentielles. Jardin et amour vont de pair. Mais le jardin n’est pas une donnée, il est le fruit d’un travail, et d’abord intérieur (comme l’amour !). Il réclame apprentissage, respect, soin. L’attention (et pourquoi pas jusqu’à la « transe attentionnelle ») y atteint une dimension philosophique, innervée par le décentrement et la suspension du tout-humain. Un dialogue s’y noue (…)
Jardin d’amour s’intéresse à la participation nécessaire de la nature à l’amour humain (j’entends, avec Edgar Morin, cecomplexe polymorphe combinant, à degré variable et de façon évolutive, sexualité, érotisme et sentiments. Révolution ? Oui, dès lors qu’il apparaît que la relation à trois : Soi, l’Autre, la Nature, détient le secret de sa complétude possible. Reste à expliciter l’alliance de ces partenaires.(…)
L’intériorité qui se coupe de l’extériorité court à sa propre ruine. Nombre de problèmes (personnels comme collectifs)trouveraient une solution si l’on sortait respirer un peu plus au grand air. Le jardin d’amour invite à ce décentrement. Il est la voie d’un être libre, réconcilié avec lui-même et avec les autres (humains et non humains), sur une Terre vivante. L’amour à l’Anthropocène ne ressemblera pas à l’amour des Temps modernes. Ses points d’attache, ses interlocuteurs, ses racines et ramifications, sans forcément couper tous les ponts, se doteront de références nouvelles. La question est de savoir si elles seront issues de l’univers déshumanisé et « déterrestré » du digital qui est en voie de proposer un univers affectif et sexuel de substitution par les moyens des algorithmes et de « l’intelligence » artificielle (par ailleurs hautement néfaste écologiquement), ou si elles puiseront à une nature écoutée, vécue et protégée.(…)
L’amour, dans sa complétude, réunit donc humains et non-humains. Il s’enracine dans une conception à la fois scientifique et poétique du monde : le naturalisme merveilleux. Ce dernier est aussi conscient des enjeux de l’écologie et des brutalités multiples qui affectent nos sociétés, qu’il s’enthousiasme d’une beauté de la vie qui exulte dans le plus petit brin d’herbe. Il comprend dans le réel les processus physiques comme les processus psychiques, la matière comme le rêve, la formule mathématique comme la page du conte. À la clé, une éthique non pas guidée par le droit, mais par l’élan du cœur. Ce qu’on aime, dans l’alliance, on veut le protéger. La qualité d’attention entre humains s’étend à la nature. Le jardin d’amour est l’espace de réalisation d’Homo amorosus, successeur espéré d’Homo sapiens ! Il ne prescrit aucun lieu de vie particulier, il relève d’abord d’une attitude, d’une ouverture de l’esprit et des émotions à tous les partenaires possibles qui nous entourent et sollicitent notre affection. »
Guillaume Logé, Jardin d’amour, Parution le 23 septembre 2026, Citadelles & Mazenod
Philosophe et historien de l’art, commissaire d’exposition, Guillaume Logé est spécialiste des liens entre art et écologie. Il a notamment publié Nature sensible (Sombres torrents, 2025), Le musée monde (Puf, 2022) et Renaissance sauvage (Puf, 2019).
Docteur en esthétique, histoire et théorie des arts (École Normale Supérieure de Paris – PSL) et docteur en sciences de l’environnement (Université de Lausanne), il est chercheur associé à l’Université Paris 1 – Panthéon Sorbonne. Ses études s’appliquent à créer des dialogues entre des arts d’époques et cultures variées, ainsi qu’à analyser les nouveaux modes de création en art contemporain et en design.
« Au-delà de démontrer quelque chose, je souhaite réunir des voix, des matériaux, des esthétiques… comme un ensemble orchestral à la faveur duquel chacun peut libérer les ressorts de sa sensibilité et de son imagination. L’humanité ne parviendra pas à conjurer les menaces qui pèsent sur son avenir si elle ne se réinscrit pas dans la nature à la faveur d’un nouveau pacte d’amour. C’est une vocation qui ne l’a jamais quittée. Il appartient à notre époque de l’entendre et de la magnifier. »